LE MANIFESTE

Pourquoi je fais disparaître ce que je crée ?

Je ne cherche pas à produire plus. Je choisis de produire juste. Chaque sculpture est une édition : elle naît à un moment précis, en quantité volontairement limitée, en carton recyclé, et elle est appelée à disparaître le jour où la dernière pièce quitte l’atelier. 

Je ne suis pas un industriel de l’art. Je suis un éditeur de formes. Je sélectionne, je dessine, je modélise, je fixe les règles. Puis je passe la main à un seul fabricant local avec qui nous avons bâti, depuis le premier jour, des standards précis : qualité, traçabilité, respect du geste et du matériau. Je ne touche plus la pièce une fois le cahier des charges validé. C’est ma façon de rendre hommage au savoir-faire de l’autre. Limiter les quantités n’est pas une astuce marketing. C’est la condition même de la cohérence écologique : aucun stock dormant, aucun container traversant les océans, aucune matière gaspillée pour satisfaire une hypothétique demande future.
Quand une édition est épuisée, elle s’éteint. Pas de réassort. Jamais. Elle a rempli son rôle : elle a existé, elle a émerveillé, elle a été adoptée par ceux qu’elle devait toucher, puis elle a libéré la place et les ressources pour la suivante.

Créer pour que ça disparaisse, voilà le luxe que je défends. Un luxe lent, local, responsable, où la rareté est sincère et où la valeur naît de la fugacité.

Stéphane Muñoz
Cartonniste